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Cadre national de certifications au Maroc : ce qu'il ne garantit pas
Le Maroc dispose d'un Cadre national de certifications sous forme de document technique. Mais aucun texte ne lui donne de portée obligatoire, aucun registre public ne recense les certifications, et aucun diplôme n'y est classé de façon opposable. Ce que cela change pour vous.
Par AtlarisPublié le 19-08-2026
Vous comparez deux formations. L'une annonce un « diplôme de niveau bac+5 », l'autre un « titre de niveau 7 ». Vous cherchez l'endroit officiel où consulter ce que ces mentions valent : un registre public consultable en ligne, comme le répertoire français des certifications professionnelles, où chaque certification enregistrée est classée par niveau de qualification. Cet endroit n'existe pas au Maroc. Le pays a bien un Cadre national de certifications (CNC), mais il ne fait pas ce qu'on attend de lui. Il ne s'impose à personne, il ne s'accompagne d'aucun registre consultable, et rien n'indique qu'il classe aujourd'hui votre diplôme. Le savoir avant de payer une inscription évite une déception qui se découvre trop tard.
Ce que le cadre est : un document technique, jamais publié
Le CNC marocain existe. Il prend la forme d'un document de référence élaboré en 2013 par le Département de la formation professionnelle et révisé en 2015.
Selon la Fondation européenne pour la formation (ETF), agence de l'Union européenne qui a consacré au sujet une étude pays en 2025, ce document a été validé par le ministère de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique en 2015, puis revalidé en 2019. La même référence bibliographique de l'ETF porte la mention « non publié ». Le document n'est donc pas consultable par le public : vous ne pouvez pas l'ouvrir pour y situer votre parcours.
Toujours selon l'ETF, qui décrit ce document sans le publier, le cadre est structuré en huit niveaux, de 1 à 8. Chaque niveau est défini par six domaines de descripteurs : connaissances, compétences, complexité, autonomie et responsabilité, adaptabilité, communication. C'est une grille de lecture cohérente. C'est aussi une grille restée interne.
Ce que le cadre n'est pas : un texte qui s'impose
C'est le point qui change tout, et il est établi noir sur blanc. Selon l'ETF (2025), il n'existe aucun acte juridique fixant les paramètres et les caractéristiques du CNC en vue d'une application concrète et systémique dans le système d'éducation et de formation. Le cadre n'est pas réglementé par un texte. L'ETF le résume comme un ensemble de principes, un concept de niveaux et une vision du chemin à parcourir — pas comme un dispositif applicable en l'état. Elle note aussi que des perspectives de mise en œuvre subsistent.
La conséquence est concrète. Le classement effectif des certifications dans les niveaux du CNC n'a jamais dépassé le stade expérimental : mené en 2015-2016, il a porté sur les seules certifications de niveau 5, dans les secteurs de la construction et de l'automobile. Après cette expérimentation, l'ETF ne fait état d'aucun classement généralisé des diplômes marocains, ni d'aucun acte juridique qui donnerait une portée à ce positionnement. Nous en déduisons qu'il n'en existe pas à ce jour : c'est une déduction tirée de ce que la source ne rapporte pas, et non une phrase de l'ETF.
Ce que nous en concluons pour vous : personne ne peut aujourd'hui vous délivrer un « niveau CNC » opposable, et aucune formation ne peut s'en prévaloir devant un employeur ou une administration.
Il n'existe pas de registre national des certifications
L'ETF est explicite : « une telle base de données de certifications n'existe pas au Maroc » (2025). Il n'y a donc pas d'équivalent marocain du répertoire français des certifications professionnelles. L'ETF signale toutefois qu'une base de données numérisée est attendue, sans date d'ouverture publiée.
À la place, l'information est éclatée. D'un côté, des bases ministérielles à usage interne, non ouvertes au public. De l'autre, des listes dispersées sur les sites institutionnels : agence d'évaluation, portail BTS, Département de la formation professionnelle, OFPPT. Ces informations sont généralement concises — l'ETF réserve une exception au site MyWay de l'OFPPT, qui détaille le contenu de chaque certification professionnelle.
Un « Répertoire national des certifications » associé au cadre est bien prévu. Mais l'ETF constatait en 2023 qu'en l'absence de décrets d'application de la loi 60-17 — la loi qui organise la formation continue des salariés du secteur privé, et non un texte sur les diplômes — il n'était pas possible de délivrer au Maroc une certification qui y soit enregistrée : les candidats reçus à la validation des acquis (VAEP) reçoivent une attestation, et non une certification enregistrée.
C'est précisément pour cette raison qu'une plateforme d'orientation ne peut pas « certifier » qu'un diplôme est reconnu : il n'existe aucun registre public des certifications à interroger. Ce qui existe est autre chose, et ne le remplace pas — une liste d'ÉTABLISSEMENTS reconnus, tenue par le ministère, qui ne dit rien du niveau d'un diplôme particulier. C'est le seul point d'appui disponible, et c'est ce que nous expliquons dans notre guide des écoles reconnues par l'État et dans notre page transparence.
Pourquoi le décret n'est jamais venu
La loi-cadre n°51-17, promulguée par le Dahir n°1-19-113 du 09/08/2019 et publiée au Bulletin officiel dans son édition de traduction officielle du 17/12/2020, prévoit à son article 35 la mise en place d'un cadre national de certification et de validation, élaboré « par voie réglementaire » par une instance nationale indépendante créée à cet effet. La loi renvoie donc à un texte d'application.
Deux commissions ont suivi : une Commission nationale du CNC créée par la circulaire n°10/2019 du 28 juin 2019 du chef du gouvernement, et une Commission permanente créée par la Décision n°289-19 du 1er juillet 2019 du ministre, chargée de préfigurer l'instance indépendante prévue à l'article 35. Cette commission a présenté un projet de décret. Ce décret n'a pas été adopté, et l'ETF écrit qu'« aucune suite n'a été donnée à ce sujet jusqu'à présent », même si des réflexions se sont poursuivies au sein du Département de la formation professionnelle. L'ETF ne dit pas que l'instance indépendante n'a jamais vu le jour : elle décrit une commission chargée de la préfigurer et un décret resté sans suite. Nous en déduisons que cette instance n'a pas été mise en place.
On lit parfois que le Maroc aurait « adopté » son cadre en 2019. Ce qui s'est produit cette année-là tient en quatre faits : la revalidation d'un document de référence resté non publié, une première mention du cadre dans la loi-cadre, la création de deux commissions, un projet de décret resté sans suite.
Et depuis ? Les trois décrets d'application de la loi n°59.24 sur l'enseignement supérieur adoptés en Conseil de gouvernement le 22 juillet 2026 (2.26.328, 2.26.330 et 2.26.502) portent, selon la presse marocaine, sur la gouvernance universitaire : désignation du directeur administratif et financier, élection des chefs de département, indemnités des vice-présidents. Aucun des trois ne concerne un cadre ou un répertoire national des certifications. À notre connaissance, aucun décret instituant le CNC n'a été adopté à ce jour : l'absence est établie par l'ETF jusqu'en 2025, et rien dans les sources que nous avons consultées pour 2026 ne la contredit. Nous réviserons cette page si un texte postérieur était publié.
Ce qui reste possible
L'absence de cadre opposable ne vous laisse pas sans repères. Elle déplace simplement les questions à poser.
Demandez la base écrite, pas le niveau. Un numéro de niveau n'est adossé à rien. La nature du diplôme, si. Demandez à l'établissement : s'agit-il d'un diplôme national, d'un diplôme d'établissement, d'un diplôme reconnu par l'État ? Sur quelle décision, portant quel numéro et quelle date ? Notre guide sur les trois statuts de diplôme explique ce que chacun recouvre, et comment savoir si un diplôme est reconnu détaille la marche à suivre.
Si votre diplôme est étranger, passez par l'équivalence. C'est la procédure qui existe réellement, avec un dossier, une autorité et une décision — à l'inverse du positionnement au CNC. Voir l'équivalence d'un diplôme étranger au Maroc.
N'attendez pas un « niveau » pour financer. Les dispositifs de financement de la formation continue ne dépendent pas du CNC. Ils ont leurs propres conditions, que nous détaillons dans financer sa formation continue au Maroc, avec une estimation possible via le simulateur de financement. Sur l'absence d'équivalent marocain du compte personnel de formation, voir ce qui existe à la place du CPF.
Comparez sur ce qui se contrôle. Statut du diplôme, autorité qui le délivre, durée, rythme, coût total. Vous pouvez filtrer sur ces critères dans le catalogue des formations, partir de votre situation avec le questionnaire d'orientation, et lire comment nous construisons ces informations dans notre méthodologie.
Questions fréquentes
Le Maroc a-t-il, oui ou non, un cadre national de certifications ?
Les deux réponses sont vraies selon ce qu'on entend par « avoir ». Oui, en tant que document de référence technique : huit niveaux, six domaines de descripteurs, validé par le ministère en 2015 puis revalidé en 2019. Non, en tant qu'instrument juridique : selon l'ETF, aucun acte ne fixe ses paramètres pour une application concrète. Répondre simplement « oui » laisserait croire qu'un diplôme peut être situé sur une échelle officielle opposable, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
À quel niveau du cadre se situe mon diplôme ?
Cette information n'est pas publiée. Le classement des certifications dans les niveaux du CNC n'a jamais dépassé une expérimentation menée en 2015-2016, limitée au niveau 5 et à deux secteurs. Les sources que nous avons consultées ne font état d'aucun classement généralisé depuis, et nous n'avons connaissance d'aucun document officiel qui vous attribuerait un niveau CNC.
Existe-t-il un équivalent marocain du répertoire français des certifications ?
Non. Selon l'ETF (2025), il n'existe pas de base de données nationale des certifications au Maroc. Un Répertoire national est prévu dans les textes, sans être opérationnel : l'ETF constatait en 2023 qu'aucune certification ne pouvait y être enregistrée, faute de décrets d'application de la loi 60-17 sur la formation continue. Une base numérisée est annoncée comme attendue, sans date publiée.
Une formation peut-elle annoncer un « niveau 6 » ou un « niveau 7 » ?
Rien n'interdit d'employer ce vocabulaire, souvent emprunté à des cadres étrangers. Mais aucun registre public marocain ne permet aujourd'hui de le confirmer, ni de l'infirmer. Le réflexe utile est de déplacer la question vers le diplôme lui-même : sa nature, l'autorité qui le délivre, la décision et la date qui l'établissent. Ces éléments-là se contrôlent.
Sources
- Fondation européenne pour la formation (ETF), « Cadre national de certifications – Maroc », étude de cas contribuant à l'inventaire mondial conjoint Cedefop/ETF/UNESCO/UIL, 2025
- Loi-cadre n°51-17, article 35, citée d'après la traduction reproduite par l'ETF, 2025, le texte primaire n'ayant pas pu être consulté directement (référence donnée : Dahir n°1-19-113 du 09/08/2019, Bulletin officiel, édition de traduction officielle du 17/12/2020)
- Fondation européenne pour la formation (ETF), « Inventaire de la validation des acquis de l'expérience — Fiche pays 2023 : Maroc », 2023
- Maroc24, « Mise en œuvre de la loi n°59.24 relative à l'enseignement supérieur : le Conseil de gouvernement adopte trois projets de décret », 22 juillet 2026
- France compétences, « Certification professionnelle » : les certifications professionnelles sont classées par niveau de qualification et domaine d'activité, et se consultent dans les répertoires nationaux (page consultée le 4 août 2026)